29/04/2005
Bad girls go to london 1
« Good girls go to heaven, bad girls to London »
Par Mélusine
Réalité et fiction
Assise dans un café, pas un pub mais plutôt un fast-food, elle écrit. Et si d’un stylo magique, elle pouvait créer une nouvelle réalité ! Combien de scenarii faudrait-il qu’elle imagine pour vivre l’expérience qu’elle souhaite. Peut-être devrai-je commencer par être elle, cela donnerait une première consistance à son histoire. Alors, imaginons que je sois, par ce stylo, capable de donner vie à mes envies. Intrigant , n’est ce pas ? Par quoi voudrai-je commencer ? C’est un peu la sensation que doit ressentir quelqu’un qui vient de voir apparaître un génie alors qu’il nettoyait cette bonne vieille lampe en cuivre. Il donne l’ordre de demander trois vœux … ce n’est pas le moment de se tromper. Mieux vaut y réfléchir avant , juste au cas où.
Mais puisque ici, j’ai la toute puissance de la multitude de choix, peut-être que changer les couleurs de ce bon vieux café serait à propos. Non, surtout pas, elles me sont que trop familières et donneront le ton à l’histoire. Parce qu’en fait c’est une histoire banale. La banalité d’une rencontre que l’on ne souhaite pas voir avorter. Je conserverai donc le cadre de ces chaises rouges et chromées scellées au sol pour être parfaitement alignées. A bien y réfléchir cela donne une allure d’années 50 à l’endroit. Ce terrible endroit qui m’a piégé. Chaque jour comme un pèlerinage du plus dévot, j’avance en génuflexion imaginaire jusqu’à lui, mon sacré-cœur. Est-ce vraiment une question de cœur ? Tous les matins, je planifie la journée, je monte des plans, manipule les évènements parfois inconsciemment, souvent volontairement pour que ma route croise ce café. Passer devant ce lieu, y entrer pour boire ou manger quelque chose, tel est l’objectif qui m’anime dès l’aube. De tout un chacun trouverait ce but existentiel bien étrange. Cela serait compté sans le plus pur et précieux des plaisirs que j’y vis chaque jour.
Ce moment où elle me dit bonjour.
En général, j’entre l’après-midi, m’engage dans l’allée des tables et m’installe du côté non-fumeur. Mon attention tournée entièrement à l’affût du moindre indice indiquant sa présence. Dés que je la localise, mes yeux plongent dans les siens comme pour la posséder le temps de cette seconde. Puis soudainement paralysée, le sourire figé, je lance un bonjour-réponse très bref et baisse la tête. Comment pourrait-elle savoir ce que j’éprouve ? Alors, je prends mon livre, peste que l’autre serveuse prenne ma commande ; mon éternel « black coffee ».
Une chanson passe en bruit de fond et mon imagination s’enflamme. Le café s’allume de boules multi facettes et de spots colorés. La musique est bien plus forte. La comédie musicale est en train de se dérouler. Je monte sur la table que pour mieux en descendre d’un grand jeté majestueux. Je me jette à genoux (les génuflexions sont mon pain quotidien souvenez-vous) en attrapant sa main. J’entame le refrain : « I think you’re amazing ! » Elle dévoile un sourire orné de joues voilées d’un léger rose gêné. Les autres clients à l’œil complice, se lèvent d’un bond et effectuent une pirouette reprenant en cœur : « she thinks you’re amazing ! » tout en clapant des mains en rythme. Hiiiiiiiiiii. Stop. Non, pas comme cela , c’est bien trop guimauve et d’un goût assurément moyen. Je veux plus d’intensité, de jeux subtils entre nous. Et puis, la réalité est que je suis assise devant cette tasse de café vide, mon bloc de papier posé sur la table, le nez plongé profondément entre les lignes , j’écris. Pourtant, je ne cesse de me dire qu’au bout de mes doigts se trouve ce mystérieux stylo, qui laisse une trace de ce que l’esprit est capable de créer. Ce stylo qui pourrait très bien être magique.
Mon passe temps préféré: lire les livres dans les librairies pour être sûre d’acheter ceux qui me plairont vraiment ou qui trouveront leur place- de choix- dans ma bibliothèque. Tous n’ont pas cette chance. La section que je fréquente n’est autre que celle de la psychologie. Des dizaines d’ouvrages de psychologies cliniques, comportementales, cognitivistes, de psychothérapies en tout genre ou de vulgarisation se battent pour avoir droit à une bonne place sur la devanture.
Les bouquins de développement personnel éveillent en moi un attrait presque viscéral. Tout comme pour les magazines de potins sur les stars, on ne peut s’empêcher les feuilleter, sans vraiment oser l’avouer. Parfois, même, nous en achetons comme lecture de plage ou au moment de la nouvelle année. Ces deux excuses semblent être valables. J’aime particulièrement jeter un œil à ces solutions miracles qui vont changer notre vie. Après avoir lu et étudié avec attention leur contenu, je crois pouvoir être en mesure d’en retirer les enseignements les plus importants.
Premièrement, prenez un de vos rêves. Allons ne soyez pas timides et voyez grand ! Puis, décrivez le en détail comme pour lui donner vie. Ajoutez des couleurs, donnez de la profondeur au champ, multipliez et clarifiez les sons. N’êtes-vous pas déjà en train de le vivre ? Est-ce que vous en êtes contents ? Bien, alors pourquoi ne pas le transposer à la réalité maintenant ?
Personnellement, il me manque quelques degrés de souplesse à l’entre jambe pour réaliser mon grand jeté ! Plus sérieusement, autant que je le puisse, qu’est ce qui m’empêche d’aller lui parler. Prenons pour commencer quelques paroles simples.
Considérant le fait que : je me trouve dans ce café démoniaque depuis près de deux semaines quasiment quotidiennement ,
alors : je pourrai peut-être oser un : « Comment ça va aujourd’hui ? ».
Cela ne serait-il pas déjà un peu trop ?
Très bien, alors revenons aux livres lus dans la section «changer votre vie de merde ».
« Vous n’arrivez pas atteindre votre rêve. Autre solution : discernez ce dont vous avez besoin pour y arriver !!! »
Pour cette partie, je choisirai un « super culot » attitude et un « qu’est-ce que j’ai à perdre » état d’esprit, s’il vous plaît. Eh, je crois que je suis sur la bonne voie. C’est alors que les livres expliquent que pour acquérir les ressources que l’on a identifié, il n’y a pas chose plus facile. Il suffit de penser à un moment de sa vie, à un contexte dans lequel nous avons déjà était dans cet état. Si vous n’avez pas encore eu la chance d’expérimenter l’une de vos ressources, regardez autour de vous, décentrez votre attention de votre nombril et vous trouverez sûrement quelqu’un qui sait le faire; alors au travail et copiez.
Non, ce n’est pas une blague. Je ne monte pas sur mes grands chevaux tout de suite, et je vais faire l’effort. Certains disent que l’on n’arrive à rien sans effort mais, habituellement, j’évite de les croire. Et puis je n’ai rien à perdre, n’est ce pas ? Ce n’est pas un séminaire super cher que l’on me propose, ni un crédit à vie, encore moins d’entrée dans une secte, mais de trouver les ressources qui se cachent à l’intérieur de moi.
Qu’est qui me retient ? Est-ce que cette torture, cette addiction, cette douce douleur acide du cœur qui pince dans la poitrine, ce désarroi asthmatisant de ne pas la voir, ne commenceraient pas à me plaire ? J’ai toujours voulu développer des capacités télépathiques et , parfois, je crois même les avoir quelque peu. En fait, grâce à cette situation, je m’exerce tous les jours :
« Ecoute ma voix, mes mots tendres, mes compliments. Entend moi. Regarde moi » résonne en volume stéréo dans ma tête. Emplie d’une volonté audacieuse, je dirige mes injonctions dans sa direction. Mais rien, vraiment rien n’arrive. Enfin, je ne considère pas comme réponse positive le fait que sa sublime petite tête, adorable frimousse, m’ignore totalement. Ce serait triché. Et puis, encore une fois, comment pourrait-elle savoir mes intentions ?
« Eh toi ! Demoiselle de mon cœur, ne peux-tu pas venir me parler ? J’aimerai te dire tant de choses… »
Minute …à bien y réfléchir , je n’ai peut-être pas tant à lui dire. C’est vrai, soyons honnêtes un moment et activons le crayon magique à nouveau :
« Salut, ça va aujourd’hui ? Je m’appelle Jeanne et toi ? Tu viens d’où ? Est-ce que tu connais des endroits sympas pour sortir par ici ? Hum, hum, parce que tu vois, c'est-à-dire, tu me plais beaucoup et je meurs d’envie de t’offrir un verre pour te connaître davantage et …plus si affinité. »
Laissons venir....
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