30/04/2005

Bad girls go to london 2

Je lui parle?


Et bien voilà, nous y sommes ! Rien ne m’empêche de faire cela. Peut-être qu’un bon livre sur l’étude phénoménologique de l’élan amoureux d’une fille pour une autre fille pourrait m’aider à y voir plus clair. Sinon, du moins à me donner une honnête permission de le faire.

Se sont toujours les mêmes issues qui s’offrent à mon esprit pris de panique. Les études, les livres et les maîtres (ou soi-disant maîtres) sont ma façon de fuir la confusion du moment. Quelqu’un ici bas doit bien avoir LA réponse. Quelqu’un ici bas a bien du se pencher sur le sujet avant moi. J’ai même vu un livre intitulé « Y a-t-il une vie après la théorie ? » ; j’aurais du lire plus en avant que le titre. Mais cette question restera en suspend parce qu’elle vient juste de quitter le café, service terminé.

Je ne vais tout de même pas lui courir après. Pourtant, tous mes muscles soient déjà tendus en vue de cette éventualité. Demain, je tenterai une approche. Je me le suis déjà promis aujourd’hui mais j’y parviendrai demain. Je vais élaborer un autre scénario. Je vais gonfler mon corps des ressources nécessaires à l’atteinte de mon but, dès le petit déjeuner, ça et mon Benco . C’est sûr, je ne me figerai pas devant elle.

« Bonjour, je suis lesbienne. Tu me plais. Est-ce que j’ai une chance ? »

Voilà, exactement ce que je lui ai dit avant de commander tranquillement mon breuvage caféiné. Cette fois, je crois même avoir mérité des scones. Mon visage est radieux, les yeux pétillants de désir, la poitrine bombée en avant confirmant mon intention de la séduire. Tut !Tut !

Je ne dois décidément pas rêver en marchant ; j’ai bien failli me faire écraser par une voiture. Ce serait une belle ironie : « J. morte d’avoir vécue en dehors du monde réel ». Je suis donc à nouveau là, dans la rue qui mène à ce café. Ai-je dormi ? Suis-je rentrée chez moi ? Je ne peux pas m’en souvenir. Quoiqu’il en soit, encore quelques mètres… j’entre et m’assoie.
Qu’est ce qu’ils disent encore ces fichus livres ? Vers leur chapitre 5, ils abordent le cas où , par malchance ou mauvaise foi, votre rêve ne s’est toujours pas réalisé.

Je crois que je vais tirer profit de ce chapitre parce que ma commande vient d’être passée et que rien ne s’est produit, ni en moi, ni en elle.

Dans cette situation, il parait que le changement attendu ne se fait pas car il y a trop peu à gagner et trop à perdre. Qu’est ce que j’ai à perdre ? J’ai déjà posé cette question et n’en ai retiré aucun renseignement constructif. Alors, le conseil suivant est de faire venir la « partie » de vous-même qui vous pousse à ce comportement, ou qui empêche ce comportement.
Je prends donc le parti d’appeler directement mon fantasme. Une séance sur le divan de mon âme devrait le séduire; les fantasmes sont un peu égocentrés.
« Fantasme, es-tu bien installé ? Je voudrai te poser quelques questions. Es-tu d’accord avec cela ? Tape trois coups dans la poitrine si la réponse est oui et donne moi deux crampes d’estomac si la réponse est non.
Aïe ! Soit j’ai un infarctus, soit la réponse est oui. Vu ma trentaine d’années, je penche pour la deuxième option.
Fantasme de la serveuse qui me plaît, pourquoi ne te réalises-tu pas ?
- Tout d’abord si je me réalisais , je ne serai plus un fantasme, mais ce n’est qu’une question de sémantique. »
Je savais les fantasme égocentrés, mais en plus celui là est un rien pompeux.
Puis il reprend : « Pour faire assez simple pour que tu comprennes , je vais t’expliquer les choses point par point.
- Très bien, bon début, je vois, hum hum, mais encore, … » J’enchaîne comme j’ai vu le faire à la télévision lors d’une séance de psychanalyse non directive.
-Voilà le tableau : Imagines que je me réalise et que d’une manière ou d’une autre tu dévoiles tes projets. Prenons un exemple illustratif même si un peu abrupt : « Je suis partante pour une aventure. Voudrais-tu me donner une chance ? ». Est-ce que tu as pensé à sa réaction ? Elle est affolée, écoeurée, en bref, vraiment choquée. Imagine qu’elle se mette à chanter dépitée, comme le fait le personnage de Phoebe dans feu la série « Friends » :
« Tu pues le chat, tu pues la chat, mais de quoi te nourrissent-ils ? Tu pues le chat, tu pues le chat, mais ce n’est pas de ta faute !!! ».
Elle peut te voir comme le malin réincarné. Imagine que l’on te rejette, te jette hors du café entourée de visages rouges gonflés de mépris et de colère. Imagine que tel un chien galeux, ils te donnent des coups de bâtons. Imagine qu’elle soit prise de frissons d’horreur, de spasmes de dégoût face à cette déclaration. Imagine qu’elle se mette à hurler : « Brûler la vilaine sorcière, qu’elle périsse en enfer ! ». Imagine qu’elle tourne les talons refusant à jamais de te servir. Imagine qu’elle te réponde effrontément : « Qu’est ce que j’en ai à faire ? Et pourquoi tu parles de ça ? ». Imagine un peu. Si cela ce passait ainsi, où irais-tu alors boire ton café ? Non seulement ça, mais oserais-tu revenir ici, à Hightgate ? Oserais-tu repasser devant ce café ? Et puis, que ferais-tu dans les secondes qui suivent ta déclaration ? Pense donc à ces secondes interminables où tout peut arriver. Ce laps de temps durant lequel ce visage chéri à toutes les chances de se décomposer en compulsions de révulsion.
- Je crois que je mourrai sur place ! » je réponds alors d’une voix à peine perceptible.
Les images sordides tourbillonnent dans ma tête alors que je tente de réguler ma respiration et mon rythme cardiaque pour retrouver la raison. C’est cela de discuter avec un fantasme. Ils ont tellement d’imagination qu’ils vous entraînent facilement dans leur spirale de spéculations. Peu à peu, je reprends le contrôle de mon esprit d’analyse et ose enfin lui dire :
« Heu, excuses moi, mais as-tu pensé aux 7 % de chances qu’elle soit elle-même lesbienne ? Et ensuite aux 50 % de chances pour qu’elle soit intéressée ! »
Il répond d’un air supérieur : « Tu veux donc parler des 3,5 % de chances pour qu’elle soit prompte à assouvir tes désirs charnels ? Moi, fantasme de la serveuse qui te plaît, j’ose parler de désirs charnels. Parce que tu me fais rire avec tes histoires de cœur. Soit un peu honnête, au moins quand tu parles à un de tes fantasmes. Tu ne la connais pas. C’est donc que son physique t’attire pour une relation physique…
- Comment oses-tu ! j’interromps d’une voix courroucée.
- Regardes les choses en face et arrêtes de jouer au sainte ni touche. Tu n’es là que pour un mois. Elle te plaît, c’est certain. Tu veux passer des moments privilégiés avec elle, privilégiés ou du moins rapprochés voire très rapprochés. Il n’y a rien de choquant à l’avouer. Alors, reprenons les 3,5 % de chances pour qu’elle soit flattée (même pas intéressée) et décide d’accepter l’invitation formulée. Où est-ce vas-tu l’amener ? Qu’est-ce que tu vas lui raconter ? Comment vas-tu finir la soirée ? »

C’est à ce moment là que mon cerveau disjoncte. Il a un sérieux dilemme, ce fantasme. Il voudrait être terriblement sexy et légèrement outrageant, mais raisonne comme un poltron. Du fait, je le remercie de son intervention et le congédie gentiment. Il quitte donc mon divan imaginaire, mais a-t-il , pour autant, quitter ma tête ?

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