12/05/2005

Bad girls 3

Comment tuer un fantasme ?

Est-ce possible ? Est-ce sain ? Je crois qu’il m’a donné un indice lorsqu’il a mentionné mon erreur sémantique initiale. Pour rester fantasme, fantasme de la serveuse qui plaît doit tout faire pour ne pas se voir réaliser. Je le vaincrai soit en l’ignorant, soit en focalisant mon attention sur une autre chimère, ou enfin en le réalisant.

Côté pertes et gains, je crois qu’il a été clair à ce sujet. Je perds d’aller perdre deux heures de rêveries et d’introspection, et éventuellement une certaine image de moi. D’un autre côté, je gagne le désagréable sentiment de réjection. Effectivement, est-ce que cela vaut la peine de perdre tant de choses pour 3,5 % de chances ?

Alors, pourquoi cette morsure intérieure, ce diablotin caché qui tiraille les entrailles et me susurre d’agir.
Je vais prendre un risque moins coûteux et plus réaliste que de miser 2 euros au loto. Je m’apprête à prendre le risque de dire les choses simplement : « Moi aime bien toi. Moi propose toi boum boum. Toi d’accord ? » Les mots sont dits tellement simplement que l’on vient de régresser au temps de nos ancêtres poilus. Les choses devaient être différentes à cette époque. Je ne sais pas s’il y avait des codes spéciaux quand une femme en pinçait pour une autre. Ce n’est pas une question de déviation sexuelle due aux dérives malsaines de la société. Je ne dit que ce que les livres disent. Excusez moi, vous qui pensiez que cela était une maladie contagieuse, il parait que non. Cela a toujours été et sera toujours présent dans le règne animal, tout comme dans celui de la suprême race humaine. Les causes en sont justes plus confuses et surtout extrêmement diverses. Le fait d’avoir le pouvoir de tomber amoureux - ce qui n’est pas donné à tous les habitants de cette planète, cela fige parfois les habitudes ou les couples dits homosexuels. Mais l’amour n’est-il pas le plus important ?

Ceci dit, revenons encore à nos origines pour quelques instants. En y pensant, la femme A devait se jeter sur la femme B, peu effarouchée par un possible refus et l’affaire était faite. Si la femme B n’était pas d’accord, un bon crochet du droit dans la mâchoire de la femme A et les choses étaient claires. Pourquoi en aurait-il été autrement à cette époque où la communication verbale se limitait à quelques grognements ? Alors franchement, je vous pose la question, qu’avons-nous gagné à parler ? Nous employons bruyamment et à haut débit des sons correspondants à des symboles, eux-mêmes représentants des objets ou voire pire, des concepts ! Nous n’y avons rien gagné, non, rien d’autre que de la frustration. La preuve en est que les hommes d’action parlent peu et que les femmes passent pour être plus passives et bien plus bavardes. Je sais que mes généralisations peuvent faire penser à une conversation de comptoir.
N’est ce pas que de cela dont il s’agit ?
Mais alors, que faire quand mon problème relève d’une composante de l’évolution de mon espèce ? Je ne vais même pas parler des tabous de la société qui se veut bien pensante (si seulement elle pensait, cette fameuse société, à qui on fait dire tout et n’importe quoi, je me demande ce qu’elle dirait vraiment), ni de l’emprise morale que certains exercent en se prétextant de telle ou telle religion. Je ne le ferai pas, car mon histoire serait très vite récupérée politiquement et ce n’est pas cela qui va régler la situation.
Pour mémoire ou pour ceux qui s’endorment, la situation reste la même : je veux séduire la serveuse de ce bon vieux café « Sophy’s » à Hightgate, LONDRES, mais je ne sais pas comment faire.

Cette jeune fille est un poison. Les filles sont des poisons ou les jeunes le sont , je ne sais plus. J’ai le cerveau camisolé sous l’effet d’un sort maléfique. Il fonctionne comme s’il avait été reprogrammé pour n’effectuer qu’une seule boucle de pensée. Je pense à elle. J’ai l’impression que si je devais passer une journée sans la voir, ce serait bien pire que d’être privé d’une cigarette alors que l’on se trouve toujours sous l’emprise de la nicotine. Il y a assez de fumeurs de par ce monde pour comprendre précisément mon désarroi. Quoiqu’il en soit, je suis toujours dans ce café. Le temps s’est arrêté. Je dois trouver une issue, m’échapper de ce piège. Je rassemble les quelques idées qu’il me reste. La proie est repérée, comment vais-je m’y prendre ? Les livres, que disent-il les livres ? Tels des supers héros, ils viennent encore une fois à la rescousse. Ecoutons les : « Il faut planifier ! ».
Me voilà donc partie pour élaborer des plans d’attaque. J’ai l’adrénaline qui monte dans mes veines et le cœur qui s’emballe. Tour à tour Machiavel et Mata Hari, la stratégie sera forcement prometteuse et couronnée de succès. AhAHAH !!! Cette fois elle sera mienne, oui mienne.
Procédons étape par étape et avec minutie:

- Pour que cela marche, il peut être utile d’arborer un air plus impliqué. Chaque mouvements du corps devront être tournés vers l’extérieur, plus ouverts. Le regard sera porté droit, donnant vie à un visage amical. Un entraînement intensif devant un miroir donnera la souplesse et la spontanéité à l’ensemble.
- Je peux ensuite préparer un petit morceau de papier avec mon identité, mes coordonnées et une note disant : « Si tu veux boire un verre, appelles. »
- Je vais à présent étudier la mise en scène;

J’arrive en milieu d’après-midi, comme tous les jours.
Il ne sert à rien de perturber une routine déjà en place, du moins pour l’instant. Ainsi, elle est déjà mise en confiance.
Elle est là, devant moi. Elle fredonne sur une des chansons, toujours les mêmes, qu’ils jouent dans le café pour égayer l’atmosphère.
Je l’ai déjà vu faire.
J’ose, avant de passer commande, engager la conversation. « What's a lovely day today ! »
Deux êtres humains qui se rencontrent une quinzaine de fois, peuvent tout naturellement échanger des mondanités usuelles de communication. Je l’ai lu dans le « Guide du savoir être en société ». Il faut surtout éviter un clin d’œil. Ce serait faire preuve de trop de familiarité.
Je souris, elle me répond avec douceur. Puis j’attends mon café et me lance dans une heure de pure passion entre mon livre et moi. Enfin, après cette présence pleine de force, la transformation se fait en moi. Des rayons de lumières émanent de la base de mon ventre.
Il s’agit en fait de mon tantien selon les chinois
Ils irradient peu à peu l’ensemble des membres jusqu’aux mains et aux pieds. Je suis envahie d’une énergie nouvelle, régénérée. Je deviens une combattante. La métamorphose est presque terminée. Le « Terminator d’objectifs à atteindre » vient de naître sous vos yeux. Le « Fatal Fighter » vient de se réveiller. Mon égo s’efface. Ma concentration se focalise sur les sensations qui parcourent ma chair et mes entrailles. Je m’apprête à lui donner ma carte. Je me déploie de mon siège, les épaules élargies comme pour aspirer le moment. Je m’avance pour régler l’addition et glisser une pièce dans la boîte reservée au « tips » pour les serveuses.
Je peux au moins faire ça pour elles. Ce sont tout de même des filles largement exploitées, mais ceci est un autre sujet.
D’un demi tour aux allures militaires, je me retrouve face à la sortie. Je me répète : « Pas tout de suite, ne pars pas en courant. Souffle, allonge ton souffle. Tu vas donner le coup final ». Je m’approche d’elle le regard volontairement fixé au sien. J’articule dans mon meilleur anglais : « I wanted to take you that, don’t be shy to use it, I mean it». (Je voulais te donner ça , vraiment n’hésites pas à l’utiliser, pour ceux qui ont un peu de mal avec ce langage(un peu comme moi!!).)
La sortie est passée, je n’ai plus qu’à rejoindre mon logis. Qu’elle appelle ou pas, au moins je serai libérée.

Si je pouvais, si seulement j’osais agir. Avec les 3,5% de chances pour qu’elle appelle, comment puis-je encore hésiter ? Par ce que vraiment, je me fiche de ce café. Pour mon jus et ma marche quotidienne, je peux toujours aller à Muswell Hill. Là, il y a le Stephany’s, les serveuses y ont beaucoup moins de sex-appeal et le café est meilleur. De plus, c’est bien moins loin. Mais, je ne suis pas encore assez forte.

Commentaires

euh...et si je te lis, tu bases ta stratégie sur ton anglais d'étrangère (ça donne un côté sexy le french accent).
Tu vas la séduire grâce à tes maladresses en anglais ??? "take" veut dire "prendre" et non "donner" et l'on dit "what a lovely day" et non "what's a lovely day".

..repeat after me "I speak english like a spanish cow"...

Ecrit par : Klaxon | 12/05/2005

Si t' as des problèmes en anglais, moi, je peux t' aider ( un peu ). :-D

Ecrit par : Marieseraphine | 12/05/2005

VI , c'est charmant n'est-ce pas?...et vous devriez entendre mon accent!!

Je prends en note la proposition marieséraphine ;-)

Ecrit par : mélusine | 12/05/2005

Les commentaires sont fermés.