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24/05/2005
Bad girls 7
Quels sont les sentiments qui m’animent pour cette serveuse ? En tout cas, j’ai beau les refoulés pour des raisons purement « scientifiques », ils sont. Je l’aime et je l’avoue. Est-ce que j’en ferai quelque chose ou je les accepterai tout simplement, sans vouloir à tout prix les satisfaire ? Pour le moment, je choisis la deuxième option.
Car la réalité est la suivante. En devenant une habituée, il y eu forcement plus d’échanges que dans ce rêve pathétique qui me hante encore. Donc les échanges d’usage furent nombreux. J’arrive à lui parler, mais on ne peut pas dire qu’il y ait une intimité particulière. Les choses vont–elles changer ?
Voici maintenant une semaine que j’ai fait ce rêve. J’ai du m’absenter de Londres pour une mission à Paris. Suite à un accident que je qualifierai de ménager, j’ai eu une grande blessure sur l’intérieur de mon avant bras. Non seulement c’était douloureux (compatissez) mais d’une laideur certaine.
Je reviens dans mon café alors qu’il ne me reste à peine plus d’une semaineà Londres pour clore certaines formalités et passer du temps avec des êtres chers à mon cœur. Quel bonheur de me voir accueillie avec un large sourire par l’ensemble des serveuses et Justine. Elle s’approche de moi et me dit : « Cela faisait longtemps (hihi elle a remarqué !), un black coffee as usual ? ». Oui, oui, c’est ça. J’ai mon livre sous le bras et m’apprête à passer une de ces plus somptueuses heures où les yeux se laissent charmer par la vue de cette nymphe et le contenu de mon bouquin.
Lorsqu’elle revient avec ma commande, elle m’interroge sur la nature de ma plaie apparente. Un brin d’humour et de mystère mélangés suffisent à satisfaire sa demande. Mon humeur pétille d’espièglerie aujourd'hui. En partant, je passe à côté d’elle après de nombreux sourires échangés. J’ai fini de recueillir mes données, au diable mes retenues oniriques. « Hey, ce serait sympa que nous allions boire un verre un de ces soirs ! » Surprise. C’est bien moi qui dit cela avec un naturel désarmant. « Oui, le jeudi soir, je vais à l’ancienne église transformée en pub, tu vois ? » dit-elle. « Super, on se verra peut-être là-bas ! » détachement suprême de ma réponse. « Oui enfin, il y aura aussi mon copain », ajoute-t-elle. « Mais pas de problème ! » sort de mes lèvres sourire jaune (pas mes dents, juste le sourire !).Nous sommes mercredi, très bien cela me laisse le temps de me préparer.
Je passe donc quelques coups de téléphone et recrute deux de mes connaissances pour sortir le lendemain au pub. Rendez-vous pris.
Je ne passe pas au café durant ce jeudi, mes obligations m’ affairent ailleurs. Tranquillement le cœur léger, je traverse la journée heureuse de pouvoir enfin faire vraiment connaissance avec elle. Vous vous rendez compte passer une soirée entière entre des pintes de bière et Justine ! Je flotte plus que je ne marche.
Arrivée devant le pub avec mes acolytes de la soirée, le cœur s’emballe. Allons-y. Le pub est immense et misère, je n’ai pas pris mes lunettes. Par coquetterie et peur de ne pas pourvoir faire le regard qui tue sous les verres, je me retrouve dans un flou tristement artistique. La soirée ne fait que commençait , j’aurai bien le temps de faire le tour et de dévisager les quelques 80 ou 100 personnes présentes. Je ne doute pas de mon acharnement. Et les pintes défilent, et les heures aussi. Des aller-retour et des détours, rien n’y a fait, je ne l’ai pas trouvée. Je rentre en ayant trop bu et en traînant mes belles chaussures mises pour l’occasion sur le bitume de cette ville que je me prends à détester. Connaissez-vous la frustration suprême ? C’est assez envahissant comme émotion. « Le monde prend les couleurs des yeux avec lesquels on le regarde ». Et bien, il est noir. D’accord il est 3 heures du matin, mais quand même !
C’est réveil vaseux pour une déçue de l’existence. Pas de doute, aujourd’hui je dois aller au café, au moins pour la voir. Le rêve me rattrape. Ca y est je fais une fixation. Mais, foi de Mélusine, dans la réalité je suis moins poltronne. Nous verrons ce que nous verrons (vivrons ?). Encore une rue et j’y suis dans ce café !! J'avale ma salive avec difficulté en m’apercevant, qu’elle n’est pas là non plus ! On m’aurait menti ? Double dose de frustration pour la table 8, s’il vous plaît !
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19/05/2005
Bad girls 6
Le dénouement n'est pas loin, je le vois venir...
Quelle est la fin de cette histoire?
Dans les rues de Londres
Réduire la vie à...
Des formules indécises
C’est bien impossible, elle
Tu vois, se nuance à l'infini
C'est comme une lettre
Qui s'est écrite à l'envers...
Coule dans ma tête
Un monde fou qui veut naître
Mais tu sais, son âme est belle
Dans les rues de Londres
J'ai puisé plus de lumière
Qu'il n'en faut pour voir...
Dieu a des projets pour elle
Et les rues de Londres
Souffleront sur des mystères
D'une autre fois...
Virginia
Je remets ma vie à...
Un plus tard abandonné
Pour simplement vivre
Tenter d'atteindre une humanité
Des lambeaux de terre
Me regardaient disparaître
Et, parmi les pierres
Je vivais et j'espérais, tu sais
Bad Girl
I was everything you wanted me to be
I was used and I got nothing in return
I believe in true and everlasting love
You took all my dreams when you left
BAD GIRL, NOW I'M A BAD GIRL
LIVING THE FANTASIES
BAD GIRL, NOW I'M A BAD GIRL
COME AND PLAY WITH ME
I was filled with dance and security
Now I'm full of row and sex unlimity
Yeah, and I feel ready to win anyone's heart
I've got to survive and break free
Down on my knees just to breathe
Take me I'm yours
I'll do anything you really want me to
When in your arms with your charm I will die for you
You're making me lose all control
You'd better be told
It makes me wanna surrender
I want to explode
Why don't you pull the trigger
I could blast you with pleasure
And blow your mind
Be exciting, gentle and kind
Mylène Farmer
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16/05/2005
Bad girls 5
Tel un étouffement sous des couvertures trop lourdes, je m’agite. Le désir d’inspirer est aussi fort qu’après une apnée prolongée. Des raies de lumières touchent directement mon cerveau. Les bras engourdis, j’émerge. Je suis ensaucissonée dans ma couette comme preuve d’un sommeil agité. A mi-chemin entre ce rêve étrange et la sensation de ma taie d’oreiller. Elle est réelle cette taie ! N’ était-ce qu’un rêve ? Qu’est-ce qui fait la différence entre la vie diurne et nos aventures oniriques ? Qu’est-ce qui fait que maintenant assise, encore hébétée, sur ma couche je pense vivre bien plus réellement qu’il y a quelques minutes ? Quel besoin a porté mon esprit ou mon inconscient à me faire explorer cette histoire ? Ben, ça alors !! Ce n’était qu’un rêve !! Ca me laisse toute chose.
S’il est vrai que les rêves sont une partie des souvenirs qui ressurgissent, une partie des choses nouvellement apprises et une autre de secrets savamment refoulés, il va falloir plus que quelques minutes pour désosser ce contenu. Chaque interprétation ne peut-être que personnelle et chacun est à même de donner LA meilleure qui soit. En fait, chaque personne trouvera telle explication en fonction de ses propres filtres perceptifs. Et voilà…combien parmi vous sont déjà en train d’interpréter… ? Personnellement, je pense que ce rêve montre la difficulté que j’éprouve à terminer le travail de recherche que j’effectue. Ni plus ni moins, j’en suis sûre ! Oui… enfin, quoi ! Je suis bien sous tous rapports moi !! Non, je n’ai pas de pensée pour les filles dans la vraie vie moi ! Enfin, non, pas vraiment disons qu’elles sont jolies. C’est tout ! Mignonnes, adorables, craquantes, mais voilà c’est purement esthétique. Non ? Vous ne me croyez pas ?
Oui c’est normal je m’intéresse aux êtres humains. C’est mon travail d’être chercheur. Alors forcément….ceci explique cela. Je ne suis pas insensible à la beauté et les sculptures de héros grecs, miam miam !
Mais revenons à ce rêve. Comment vous expliquez cela ? Cela fait deux mois que j’effectue une recherche observationnelle en situation pour détecter les échanges sociaux et les expressions corporelles liées dans un café londonien. C’est passionnant ! Il s’agit de noter les allers et venues, les rituels, les types d’échanges etc… je vous dit, passionnant !!! Dans ce café, il y a deux serveuses. Pour pouvoir mener mes investigations, il fallait, tout d’abord, que je me fasse accepter tout doucement du milieu. Il ne s’agit pas de faire varier le milieu pour une raison autre que celle d’être devenue une « habituée ». Donc, forcement j’ai observé les deux serveuses. Cela me semble normal !
Il y a d’autres personnages clés, tels que Bubleboy, TyranBoss, etc… Je vous en parlerai certainement plus tard. Mais bon, les serveuses ont un rôle primordial de lien entre le produit de consommation et les personnes. Faisons une brève présentation de leurs principales caractéristiques :
* La communication de la blonde est faite de sourire et de petits signes de reconnaissance et ça s’arrête là. Elle fait son boulot, plutôt dominée, prête à servir avec une immense gentillesse. Elle est étrangère et semble frustrée de ne pouvoir mieux comprendre les commandes. Elle vient de Lituanie.
* La brune (ah la brune !!!), par contre, semble vouloir être ailleurs. Elle ne se sent pas valoriser par ce travail, on peut la voir soupirer de temps à autres. Elle limite sa communication et le nombre de sourires, sauf certains jours où elle apparaît rayonnante (ou n’est-ce que le fruit de mon imagination ?). Elle fait souvent des pauses devant la porte et regarde dehors, comme si elle attendait quelque chose ou pour s’enfuir en courant. Une fois, elle a prétexté d’aller acheter des cigarettes et elle est partie en courant. On aurait dit un oiseau qui s’envole de sa cage. J’ai cru comprendre qu’elle était sur le départ et qu’elle cherchait un autre emploi. Je me suis renseignée dans le milieu des employées étrangères de l’est et il semblerait que cet endroit exploite vraiment les filles. Elle préfère travailler sur la rangée de table proche de la porte de sortie. Elle a une attitude fière avec sa tête bien droite. Elle vous regarde droit dans les yeux (et à chaque fois j’abaisse les miens). Elle n’a pas beaucoup de formes , mais elles sont si bien proportionnées. Elle travaille dur. Elle ne se laisse pas faire et je l’ai entendue plusieurs fois élever la voix avec les patrons. Elle parle bien l’anglais avec un charmant accent polonais. Elle est très disciplinée et logique dans sa manière de prendre les commandes, de servir et de ranger.
Après un certain temps d’observation assez neutre de ma part, j’ai commencé à changer mon comportement, à sourire et à demander comment ça allait. Il faut dire que j’ai commencé ce nouveau comportement un peu plus d’une semaine avant ce rêve étrange. Mais à présent, je sais leur prénom et leur pays d’origine. Ah Justine ! C’est un beau prénom n’est ce pas ? C’est tout un roman d’ailleurs ce prénom ! Heu pardon, là je sors de mon rôle de chercheuse, c’est certain. Bref, les comportements non-verbaux observés sur son envie de partir m’ont été confirmés par quelques phrases échangées. J’avais subtilement (autant que je puisse être subtile) dit un : « Bonjour, ça va ? Oh, tu as l’air un peu fatiguée aujourd’hui ! » Sur ce elle me répondait : « Oui c’est ce travail qui est fatiguant , mais je n’en ai plus pour longtemps ! ».
Mindreader ? Non, simple experte en observation, voilà tout !
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13/05/2005
Bad girls 4
Attendez un peu ! Je sais quand je me sens complètement à l’aise et libre d’agir comme bon me semble. C’est pourtant évident ! Je suis plus sûre de moi quand je me trouve avec mes amies. Si je pouvais être entourée de mes « filles » , les choses seraient forcément plus faciles. Actuellement, elles sont à Paris. Ce sont des filles très dynamiques. Elles dansent et sont particulièrement extraverties. Elles ont leur propre style vestimentaire. C’est un mélange de streetwear et de perfect clubbing. Elles ne se gênent jamais pour dire ce qu’elles ont à dire et peuvent même décider d’improviser un spectacle en pleine rue.
J’imagine déjà leur présence à Londres. Nous sommes proches du week-end de la Gay-Pride londonienne. Quand elles marchent dans le rue vous ne pouvez pas ne pas les voir. Ce doit être ça d’être tout simplement cool. Elles sont mignonnes et possèdent des corps de déesses modelés par des heures d’entraînement.
Nous sommes en ville et nous déambulons. L’élégance rythmée de nos mouvements détourne le regard un quidam de ses préoccupations du moment. C’est mon trio préféré qui se promène avec moi. C’est à peine croyable mais j’ai l’impression de revivre, de partager une même vision du monde. Nous sommes lesbiennes nul besoin de l’affirmer violemment. Deux d’entre elles sont en couple. La douceur qui émane de ce duo mixte et homosexuel bouleverse même le plus puritain des passants.
« Venez ma bande , nous allons manger un hamburger, quelques frites ou même des scones et un café !! » Je dis cela sur un ton plus qu’enjoué. Quelques pas de danse chaloupés et nous voici installés à une des tables de MON café. Nous illuminons tout simplement l’endroit par notre présence. Quel bonheur de voir ces jeunes femmes pleines de vie, belles d’être ce qu’elles sont.
Je me lance :
- « les filles soyez discrètes, je la vois qui s’avance vers nous….non pas elle…c’est de la brune dont je parle. Thea, qu’est ce que va prendre ? Comme Valérianne ? OK ! Et toi Jane ? T’es sûre ? Très bien !
Alors ce sera : quatre cheeseburgers, deux diet colas, un milshake banane et un black coffe, s’il te plaît. »
Je vois les regards des filles qui la transpercent, qui la sondent. Sera-t-elle intéressée ? Ces regards là lui indiquent notre intérêt à son égard. Comment ne pourrait-elle pas savoir maintenant ? Il faudrait qu’elle soit aveugle. Elle s’éloigne quelques instants pour transmettre la commande et repasse devant notre table. Je l’interpelle poliment et lui dis :
« Dis, ça ne te dirait pas de sortir avec nous ce soir ? On va aller boire un verre puis nous irons danser dans un endroit sympa. »
Bien entendu cela présuppose que tel sera le cas.
Elle décline notre offre. Un premier refus n’est pas très significatif, j’insiste un peu.
« On te donne un numéro de téléphone et tu peux toujours te décider au dernier moment. On passera te chercher. »
Ah oui, vraiment c’est un des meilleurs plans que j’ai pu élaborer jusqu’ici. Oui, seulement voilà, il faudrait que je trouve un autre plan pour faire venir les filles à Londres. Quelques bons arguments et un emploi du temps bien ficelé pourrait être les éléments de résolution du problème. En effet, les bouquins de self-évolution le disent tous en cœur. Une fois que l’objectif est clair, qu’il n’y a rien de grave à perdre et beaucoup à gagner, que les ressources sont trouvées et endossées, il faut planifier. Ensuite il suffit d’un peu d’autodiscipline.
Les gens, en général, savent comment il faut faire pour ne pas prendre de poids et avoir une vie plutôt saine, mais ils n’ont pas d’auto discipline pour le faire. Disons surtout, pour ne pas me mettre à dos tout le monde, qu’il ne savent peut-être pas libérer le temps nécessaire pour le faire. Le gestion du temps et du stress sont des valeurs sûres dans le monde du « comment bien faire pour réussir », parce qu’il ont une importance privilégiée dans l’atteinte de l’objectif. Or, je crois que si je ne fais pas preuve d’auto détermination, je fais preuve d’obsession. J’ai la discipline tenace de trouver tous les moyens imaginables pour la voir chaque jour. Je ne peux donc pas douter de mon aptitude à l’auto discipline. Il ne reste plus qu’à trouver un argument de choc pour les faire venir.
« Good girls go to heaven, bad girls to London ! »
Non, cela ne marchera pas, elles ont un emploi du temps bien trop chargé.
Pour une fois, il va peut-être falloir que je m’en sorte toute seule. Ce plan avait pourtant l’air d’être si vrai, si réaliste et réalisable que j’avais la sensation de l’avoir vraiment vécu. Peut-être est-ce le cas ? Je suis confuse. Je suis encore dans ce café, toujours assise à cette table. Mais qu’est ce que je fais là ? Comment lui échapper ? Elle approche, je vais devoir passer commande. Je lève la tête et la regarde dans les yeux. L’émotion est toujours intacte. Telle deux mains robustes lentement en train de me stranguler, je ne peux pas parler. Le mot café passe mes lèvres. Pathétiquement désorientée, je prends mon livre pour conserver un « jenesaisquoi » de normalité. Elle est dans cette pièce, ce casier à lapin. Elle change les cendriers. Elle porte aujourd’hui, comme hier et demain, l’uniforme du café. Un pantalon de toile gris un peu un peu trop grand et un polo vert sont son quotidien. Les cheveux brins parfois lâchés parfois tirés en arrière comme pour découvrir encore plus ses yeux bleus captivants. Elle a le visage fin bien dessiné. D’accord elle est menue, mais tellement bien proportionnée. Elle fait des va et vient entre les rangés de table. C’est un peu mon petit top modèle qui fait son défilé sur le tapis rouge et mitée de ce bon vieux café. Avec une grande discrétion, je l’observe. Son maquillage toujours léger et tout de même différent d’un jour à l’autre. Cela maintient une touche de féminité à son accoutrement hideux.
Parfois, je tente de l’imaginer à d’autres endroits en d’autres circonstances. Que porte-t-elle comme habits ? D’où vient son accent ? Quelle musique préfère-t-elle ? Finalement, j’aurai bien des choses à lui dire, sinon à lui demander.
Alors que je suis entrain de rêvasser sur son sujet, mon corps semble s’alléger tout d’un coup. Mon dieu, quel horreur ! Mais je suis dans sa tête ! Je suis elle et qu’est ce que je vois ? Moi-même assise à cette table mon café à moitié bu, le nez dans mon livre. Pas de doute, c’est bien moi. Qu’est ce que c’est que cette voix ? J’entends ses pensées maintenant :
« C’est quoi cette fille, plutôt pas mal, bien habillée, toute apprêtée qui passe deux heures chaque jour dans cette atmosphère graisseuse ? Habituellement, il n’y a que les paumés, les sans emplois et les simples d’esprit qui viennent dans cet endroit en plein milieu de l’après-midi. Comment peut-elle trouver l’ambiance studieuse pour lire et écrire comme elle le fait ? Elle doit être vraiment bizarre. Elle ne travaille jamais ou quoi? Elle n’a pas l’air de manquer d’argent. Si je pouvais avoir mes après midi de libres, j’irai n’importe où sauf ici. Même si c’est pour boire un café, il y a quand même d’autres endroits bien plus attrayants. Je n’aime pas sa façon de me regarder , ce n’est jamais franc. Elle doit être seule au monde pour venir partager le même air que nous, tous les jours de son existence et ce depuis deux mois. Je déteste cet endroit. Il faut que je travaille comme une acharnée, je me fais exploiter, mais je n’ai pas vraiment le choix. Dix heures par jour, je lave, sers ces loosers, récure, balaye et elle, elle vient tout sourire s’asseoir, commande un ou deux cafés, lis, dis à peine « bonjour, au revoir » et s’en va. Tiens qu’est-ce qu’elle veut ? Elle n’a pourtant pas encore fini son café. »
Pris de panique devant tant de découvertes, je me suis forcée à bouger physiquement. Je suis maintenant à nouveau dans mon corps. Elle s’avance vers moi et me demande ce que je veux.
« Heu, je prendrai un jus d’orange et un cheeseburger, s’il vous plaît ».
Elle a presque l’air aussi surpris que moi.
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12/05/2005
Bad girls 3
Comment tuer un fantasme ?
Est-ce possible ? Est-ce sain ? Je crois qu’il m’a donné un indice lorsqu’il a mentionné mon erreur sémantique initiale. Pour rester fantasme, fantasme de la serveuse qui plaît doit tout faire pour ne pas se voir réaliser. Je le vaincrai soit en l’ignorant, soit en focalisant mon attention sur une autre chimère, ou enfin en le réalisant.
Côté pertes et gains, je crois qu’il a été clair à ce sujet. Je perds d’aller perdre deux heures de rêveries et d’introspection, et éventuellement une certaine image de moi. D’un autre côté, je gagne le désagréable sentiment de réjection. Effectivement, est-ce que cela vaut la peine de perdre tant de choses pour 3,5 % de chances ?
Alors, pourquoi cette morsure intérieure, ce diablotin caché qui tiraille les entrailles et me susurre d’agir.
Je vais prendre un risque moins coûteux et plus réaliste que de miser 2 euros au loto. Je m’apprête à prendre le risque de dire les choses simplement : « Moi aime bien toi. Moi propose toi boum boum. Toi d’accord ? » Les mots sont dits tellement simplement que l’on vient de régresser au temps de nos ancêtres poilus. Les choses devaient être différentes à cette époque. Je ne sais pas s’il y avait des codes spéciaux quand une femme en pinçait pour une autre. Ce n’est pas une question de déviation sexuelle due aux dérives malsaines de la société. Je ne dit que ce que les livres disent. Excusez moi, vous qui pensiez que cela était une maladie contagieuse, il parait que non. Cela a toujours été et sera toujours présent dans le règne animal, tout comme dans celui de la suprême race humaine. Les causes en sont justes plus confuses et surtout extrêmement diverses. Le fait d’avoir le pouvoir de tomber amoureux - ce qui n’est pas donné à tous les habitants de cette planète, cela fige parfois les habitudes ou les couples dits homosexuels. Mais l’amour n’est-il pas le plus important ?
Ceci dit, revenons encore à nos origines pour quelques instants. En y pensant, la femme A devait se jeter sur la femme B, peu effarouchée par un possible refus et l’affaire était faite. Si la femme B n’était pas d’accord, un bon crochet du droit dans la mâchoire de la femme A et les choses étaient claires. Pourquoi en aurait-il été autrement à cette époque où la communication verbale se limitait à quelques grognements ? Alors franchement, je vous pose la question, qu’avons-nous gagné à parler ? Nous employons bruyamment et à haut débit des sons correspondants à des symboles, eux-mêmes représentants des objets ou voire pire, des concepts ! Nous n’y avons rien gagné, non, rien d’autre que de la frustration. La preuve en est que les hommes d’action parlent peu et que les femmes passent pour être plus passives et bien plus bavardes. Je sais que mes généralisations peuvent faire penser à une conversation de comptoir.
N’est ce pas que de cela dont il s’agit ?
Mais alors, que faire quand mon problème relève d’une composante de l’évolution de mon espèce ? Je ne vais même pas parler des tabous de la société qui se veut bien pensante (si seulement elle pensait, cette fameuse société, à qui on fait dire tout et n’importe quoi, je me demande ce qu’elle dirait vraiment), ni de l’emprise morale que certains exercent en se prétextant de telle ou telle religion. Je ne le ferai pas, car mon histoire serait très vite récupérée politiquement et ce n’est pas cela qui va régler la situation.
Pour mémoire ou pour ceux qui s’endorment, la situation reste la même : je veux séduire la serveuse de ce bon vieux café « Sophy’s » à Hightgate, LONDRES, mais je ne sais pas comment faire.
Cette jeune fille est un poison. Les filles sont des poisons ou les jeunes le sont , je ne sais plus. J’ai le cerveau camisolé sous l’effet d’un sort maléfique. Il fonctionne comme s’il avait été reprogrammé pour n’effectuer qu’une seule boucle de pensée. Je pense à elle. J’ai l’impression que si je devais passer une journée sans la voir, ce serait bien pire que d’être privé d’une cigarette alors que l’on se trouve toujours sous l’emprise de la nicotine. Il y a assez de fumeurs de par ce monde pour comprendre précisément mon désarroi. Quoiqu’il en soit, je suis toujours dans ce café. Le temps s’est arrêté. Je dois trouver une issue, m’échapper de ce piège. Je rassemble les quelques idées qu’il me reste. La proie est repérée, comment vais-je m’y prendre ? Les livres, que disent-il les livres ? Tels des supers héros, ils viennent encore une fois à la rescousse. Ecoutons les : « Il faut planifier ! ».
Me voilà donc partie pour élaborer des plans d’attaque. J’ai l’adrénaline qui monte dans mes veines et le cœur qui s’emballe. Tour à tour Machiavel et Mata Hari, la stratégie sera forcement prometteuse et couronnée de succès. AhAHAH !!! Cette fois elle sera mienne, oui mienne.
Procédons étape par étape et avec minutie:
- Pour que cela marche, il peut être utile d’arborer un air plus impliqué. Chaque mouvements du corps devront être tournés vers l’extérieur, plus ouverts. Le regard sera porté droit, donnant vie à un visage amical. Un entraînement intensif devant un miroir donnera la souplesse et la spontanéité à l’ensemble.
- Je peux ensuite préparer un petit morceau de papier avec mon identité, mes coordonnées et une note disant : « Si tu veux boire un verre, appelles. »
- Je vais à présent étudier la mise en scène;
J’arrive en milieu d’après-midi, comme tous les jours.
Il ne sert à rien de perturber une routine déjà en place, du moins pour l’instant. Ainsi, elle est déjà mise en confiance.
Elle est là, devant moi. Elle fredonne sur une des chansons, toujours les mêmes, qu’ils jouent dans le café pour égayer l’atmosphère.
Je l’ai déjà vu faire.
J’ose, avant de passer commande, engager la conversation. « What's a lovely day today ! »
Deux êtres humains qui se rencontrent une quinzaine de fois, peuvent tout naturellement échanger des mondanités usuelles de communication. Je l’ai lu dans le « Guide du savoir être en société ». Il faut surtout éviter un clin d’œil. Ce serait faire preuve de trop de familiarité.
Je souris, elle me répond avec douceur. Puis j’attends mon café et me lance dans une heure de pure passion entre mon livre et moi. Enfin, après cette présence pleine de force, la transformation se fait en moi. Des rayons de lumières émanent de la base de mon ventre.
Il s’agit en fait de mon tantien selon les chinois
Ils irradient peu à peu l’ensemble des membres jusqu’aux mains et aux pieds. Je suis envahie d’une énergie nouvelle, régénérée. Je deviens une combattante. La métamorphose est presque terminée. Le « Terminator d’objectifs à atteindre » vient de naître sous vos yeux. Le « Fatal Fighter » vient de se réveiller. Mon égo s’efface. Ma concentration se focalise sur les sensations qui parcourent ma chair et mes entrailles. Je m’apprête à lui donner ma carte. Je me déploie de mon siège, les épaules élargies comme pour aspirer le moment. Je m’avance pour régler l’addition et glisser une pièce dans la boîte reservée au « tips » pour les serveuses.
Je peux au moins faire ça pour elles. Ce sont tout de même des filles largement exploitées, mais ceci est un autre sujet.
D’un demi tour aux allures militaires, je me retrouve face à la sortie. Je me répète : « Pas tout de suite, ne pars pas en courant. Souffle, allonge ton souffle. Tu vas donner le coup final ». Je m’approche d’elle le regard volontairement fixé au sien. J’articule dans mon meilleur anglais : « I wanted to take you that, don’t be shy to use it, I mean it». (Je voulais te donner ça , vraiment n’hésites pas à l’utiliser, pour ceux qui ont un peu de mal avec ce langage(un peu comme moi!!).)
La sortie est passée, je n’ai plus qu’à rejoindre mon logis. Qu’elle appelle ou pas, au moins je serai libérée.
Si je pouvais, si seulement j’osais agir. Avec les 3,5% de chances pour qu’elle appelle, comment puis-je encore hésiter ? Par ce que vraiment, je me fiche de ce café. Pour mon jus et ma marche quotidienne, je peux toujours aller à Muswell Hill. Là, il y a le Stephany’s, les serveuses y ont beaucoup moins de sex-appeal et le café est meilleur. De plus, c’est bien moins loin. Mais, je ne suis pas encore assez forte.
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