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16/07/2005

Instants philosophiques?

"Comment"
Devant un obstacle, un être humain a souvent pour premier réflexe de se demander:"pourquoi y a t il ce problème et de qui est-ce la faute?" Il cherche les coupables et la punition que l'on devra leur infliger.
Il y aura toujours une grande différence entre ceux qui se demandent "pourquoi les choses ne fonctionnent pas" et ceux qui se demandent " comment faire pour qu'elles fonctionnent". Pour l'instant le monde appartient à ceux qui se demandent "pourquoi". Mais l'avenir appartient forcement à ceux qui se demandent "comment".
bernard weber

"Je pense que la générosité est l'essence même de l'amitié"
Oscar Wilde


L'instant
La philosophie

Le temps de l'accomplissement est le présent lui-même. Qu'il soit un bref moment de jouissance ou un présent large et dense, on peut le considérer comme un simple instant si on le compare au temps d'une existence entière. Selon Schopenhauer, seul le présent existe, et ce qui pour Sartre caractérise la conscience, c'est la « présence à soi », qui est aussi la présence au monde et le présent lui-même. Mais l'instant n'est vécu comme « bonheur » que s'il est une jouissance et non une complaisance dans le manque.
Il est alors le plaisir. Parmi les philosophes, c'est Aristote qui, le premier, fait à ce vécu une place considérable et justifiée. Pour lui, le plaisir est une plénitude, une autonomie où le présent agréable se suffit à lui-même. Il est le couronnement de l'heureux déploiement d'une fonction comme est la beauté pour la fleur de la jeunesse. Sans oublier Epicure, songeons à nos contemporains. Aujourd'hui, l'ancien situationniste Raoul Vaneigem procède à une belle réhabilitation postmarxiste du plaisir dans « le Livre des plaisirs », et le philosophe Michel Onfray explore et exalte toutes les sensations agréables.
Les plaisirs de l'instant peuvent être simples et poétiques, comme le montre John Cowper Powys dans « l'Apologie des sens ». Celle-ci a une portée cosmique puisqu'elle révèle la nature, que le philosophe écrivain considère d'ailleurs comme l'élément fondamental du bonheur, ainsi qu'il l'explique dans « l'Art du bonheur ».
Toutes les expériences où le présent est une jouissance et où l'individu se conforte soi-même, Spinoza les désigne par le terme de « joie ». Elle est la conscience d'un accroissement de la « puissance d'exister ». Contre le dolorisme calviniste, Spinoza réhabilite le désir et la joie. Il tente de définir un chemin qui conduirait de la joie à la béatitude.
Pour nos contemporains pessimistes, comme Jankélévitch, le plaisir est éphémère. Futile et léger, il ne fait que passer, emporté par le mouvement destructeur du temps : selon lui, dès notre première heure, nous préparons notre mort. Un autre rapport à la mort est proposé par Freud : le plaisir serait une tentative pour retourner à l'inertie de la matière, c'est-à-dire à la mort. D'autres penseurs disent que l'instant, s'il est heureux, intense et significatif, est porteur d'éternité.
A ce propos, Kierkegaard, le penseur existentiel chrétien des années 1840, est partagé. D'un côté, le séducteur cynique connaît le plaisir de l'instant mais accompagné d'angoisse et de culpabilité. D'un autre côté, l'instant est vécu comme éternité et comme « répétition » : imitation du Christ et récupération de Régine, la fiancée qu'il avait répudiée. Un autre mystique, moins compliqué, Angelus Silesius, exalte l'instant d'éternité perçu dans la beauté des êtres et des choses : « La rose est sans pourquoi », dit-il dans « le Pèlerin chérubinique ».
Saint-John Perse dit fortement, sans référence métaphysique, l'intensité d'un présent où l'Amant se sait aimé par l'Amante : « Bonheur d'être ». Sartre, plutôt pessimiste, reconnaît bien l'existence de « l'instant parfait », mais il ne le repère que dans l'art, à l'audition d'un morceau de jazz, c'est-à-dire dans l'imaginaire.
En réalité, l'expérience quotidienne nous révèle bien l'évidence et la validité des instants forts et heureux. La conscience ordinaire, loin d'être naïve comme le croient certains phénoménologues, dépasse concrètement, dans le vécu de toutes les jouissances, l'opposition du réel et de l'imaginaire : elle jouit du présent.
De même, indifférente aux discussions sur la continuité ou la discontinuité du temps, elle est prête soit à passer d'un instant heureux à un autre, soit à cumuler les instants et à les synthétiser pour les élever du niveau du plaisir au niveau de la joie et du bonheur. La musique, toute faite de présent et de présence, ne rend heureux que si elle est aimée, c'est-à-dire fréquemment entendue.
Quoi qu'il en soit, l'instant est toujours créateur. C'est ce que montre bien Bachelard dans son très beau petit livre « l'Intuition de l'instant ». Ce moment ponctuel et intense est à la fois arrachement, rupture et dynamisme, il est le temps et la conscience en train de se créer : il est commencement. Ajoutons que, accordée à elle-même dans la jouissance, la conscience se fait l'auxiliaire de son propre mouvement temporel.

De ?
désolée je ne m'en souviens vraiment pas...


Ce coeur gros d'un avenir incertain trahit l'insatisfaction permanente de mes actes. Que faire pour me sentir vivre?... Mourir?...Aimer? La vie, ma vie n'est parfois pas assez large. J'étouffe des gestes quotidiens. Les années passent rien ne reste. Comment en profiter à chaque seconde? Je trouverai, sinon j'en fanerai. L'espoir fait vivre.
M.


AMIS
"selon la philosophie soufie, l'une des premières règles du bonheur consiste à s'asseoir avec des amis ou des gens que l'on aime. on s'assoie, on ne dit rien, on ne fait rien. On se regarde ou on ne se regarde pas. Toute l'extase vient du plaisir d'être entouré des gens avec lesquels on se sent bien. Plus besoin de s'occuper ou d'occuper l'espace sonore. On se contente d'apprécier cette muette coexistence."
Bernard weber
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