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27/07/2006
Legendes modernes 2
Mais revenons à mon chou de neveu et à l’une de nos virées dans le parc. Nous étions tranquillement en train de jouer à être des Power Rangers, à nous poursuivre et à tuer des méchants (enfin je crois parce que les règles n’ont jamais été très explicites) quand ma tête blonde préférée, s’arrêta de courir et me demanda : Dis tatie, c’est quoi la liberté ? Je m’apprête à lui répondre vite fait : « C’est comme ça ! » Quand tout à coup, je me rends compte qu’il n’est pas en train de me demandait : pourquoi il y a du vent ? ou pourquoi les filles sont différents des garçons ? ou encore pourquoi les oiseaux volent ? Non, ce n’est pas une de ces questions à laquelle, nous adultes, nous répondons avec la phrase magnifique du « c’est comme ça, c’est la nature » quand nous ne savons pas comment les choses marchent ni qui les a mises là ! Mon dieu, mais qu’est ce qu’il a ce gamin d’à peine 6 ans à me poser ce genre de question…..je shoot en touche ? je devrai lui dire de demander à ses parents, non ? La liberté tout de même, c’est pas une question facile, même pour une tatie qui va à l’école des grands !! Mais qu’est ce que j’en sais moi ce qu’est la liberté? Il croit p’tet que je suis libre moi (le suis-je ?) !!! Heu… tatie t’as entendu ma question ?Voilà qu’il simpatiente…Hein dis, hein..c’est quoi la liberté ? A quoi je pense ? Ben, je pense que c’est la panique totale ! Qu’est ce que je vais bien pourvoir y répondre moi à ce bambino ? Respirons et imaginons que je sois dans une conférence avec mes freaky collègues scientifiques. Là, un des « convives » me pose une question gênante. Pas de problème, la première réaction sera d’user de mes tricky tours de langage.
1- Faire répéter : « Qu’est ce que tu as dis ? » Parfois les personnes reformulent et vous donnent des pistes de réponses, et au pire des cas cela laisse quelques minutes pour forcer le cerveau à une marche forcée. « Je veux savoir ce que c’est que la liberté ! ». Il me le répète en anglais pour ne pas qu’il y ait de confusion possible ! (il est bi langue et veut se faire comprendre, normal !)
2- Puisque cela n’a pas marché, reformuler la question, toujours histoire de gagner du temps : « Tu veux savoir où se trouve la statut de la liberté ? » . « NON TATIE, je veux savoir ce que c’est que la liberté !!! » (good one for me ! Il ne faut pas avoir honte).
3- Donner un choix : « Tu ne préfèrerais pas savoir comment on fait les bébés ? » « NON la liberté, mais pourquoi pas après, j’aimerai bien savoir comment on les fait les bébés. Ils ne naissent pas dans les roses ? » (tatie ou l’art de se mettre in a deep s*ù$t !!!) « Heu, si si , bon au moins ça tu le sais ! »
4- Remettre à plus tard : « Oh tu sais là nous sommes en train de jouer et cela va prendre un peu de temps de te parler de la liberté, alors je te répondrai en rentrant à la maison, après souper, le bain et le livre du soir (sûre que là il aura oublié) ». «NON TATIE, dis, aller dis »
5- Nier tout en bloc : « Oh mais tu sais de toute manière , la liberté ça n’existe pas, c’est juste une légende ! » (ET toc à la fin !) « Hein ? non c’est même pas vrai ! » (hey pleure pas gamin ok, c’était pas sympa de ma part).
6- Expliquer avec des mots un peu compliqués (pour un enfant de 6 ans qui parle anglais la plupart du temps et faire semblant que je maîtrise le sujet): « Tu sais la liberté c’est être intègre et conforme avec ses propres croyances et valeurs sans vouloir annihiler celles des autres. » « Hein ? » (c’était pourtant pas difficile, pas vraiment intelligent finalement ce petit !)
7- Revenir à des choses très basiques : « OK et bien la liberté c’est quand on est pas en prison ! » Est-ce que vous avez déjà vu un gamin lever un sourcil dubitatif voulant dire quelque chose du genre : « you ‘re so sad ! » ? Moi oui, juste à ce moment là !
8- Prendre son courage à deux mains et tenter de répondre pour de vrai : « La liberté, mon cœur, dépend d’où tu te trouves sur la planète. Tu vois, il y a des endroits dans le monde où les gens ne peuvent pas penser, ni faire ce qu’ils veulent . Des gens leur disent quoi faire. Ce n’est pas comme maman et papa qui te « conseillent » de finir ton souper ou de boire ton eau ou de mettre de la crème solaire. Il y a des endroits où il y a comme un chef qui pense avoir raison et tout le monde doit faire ce qu’il dit. Nous on peut faire à peu près ce que l’on veut si on suit la loi. Alors on devrait pouvoir être libre d’être vraiment qui on est. » « heu… je crois que vois, mais moi je suis libre d’être qui je suis même si je n’ai pas le droit de tout faire !» « Oui tout à fait ! Et tu as bien raison ». Et c’est à ce moment là que je me suis demandée, quand a eu lieu le passage entre ma liberté enfantine et mes chaînes d’adultes.
9- Avouer simplement que l’on ne sait pas tout : « Il y a certains mots dans le langage qui peuvent avoir différentes définitions dépendamment des personnes, du lieu ou de la date. Pour ma part, je crois que je ne sais pas vraiment ce qu’est la liberté, mais peut-être demande à ton papa ou à ta maman, et ils te diront ce qu’ils en pensent. » « Merci Tatie » (Là c’est bien mon neveu !)
Alors forcément, rentrée à la maison, je me jette sur l’ordinateur et contacte une of my best mates, la plus douce et jolie des philosophes que je connaisse. Après lui avoir écrit les dernières nouvelles, j’ai tenté un « heu au fait heu, ouai, c'est-à-dire, tu vois, heu, c’est quoi pour toi heu la liberté ? ». La réponse ne tarda pas à arriver. Au milieu d’un email me relatant un fantastique voyage et avec une telle facilité, la réponse était devant mes yeux : «Ca doit être quelque chose comme la possibilité de vivre son être-soi sans s'aliéner jamais (par auto-restriction ou pression extérieure par exemple). C'est vivre qui l’on est, c'est-à-dire pas seulement l'ëtre mais l'incarner, l'actualiser.» J’avais u peu raison, du moins nous sommes pas mal d’accord sur ce point.
Il est certain que je n’aurai pu répondre cela à mon neveu. Cette simple question m’a un peu chamboulée. Depuis combien de temps, ne me suis –je pas interrogée sur la liberté ? Suis-je vraiment libre ? Quelle est ma prison ? Est-ce que j’en connais les barreaux ?
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