16/07/2005

Derrière les fenêtres FIN

Le temps j’en ai à revendre. Bubble Boy peut rester deux heures sans bouger devant son verre. Seule sa main va et vient à sa bouche pour extraire de la cigarette quelques bouffées odorantes. Il parait que lorsque l’on arrive à rester longtemps en synchronisation avec quelqu’un, par étapes discrètes, on peut l’amener à le guider. C'est-à-dire, qu’après être entré en « communication » avec l’autre et en maintenant son rythme, alors on peut en changent quelques paramètres, amener l’autre à en faire autant. Ceci dit, je ne suis pas sûre d’y être une seule fois arrivée. Il ne faut pas que Bubble boy me voit venir. Imaginez ce que l’on peut éprouver si on s’aperçoit que quelqu’un nous imite…moi je ne veux pas que Buble boy pense cela. Alors, je vais endosser une bonne dose de courage parce que tout me monde va être témoin, dans ce café, de mon expérience. Je dois rester dans un état prolongé de synchronisation. D’habitude, je lis, j’écris, je pense, je téléphone, je bois mon café, je vis tout simplement. Là, je dois tout de même, tout en gardant un certain allant, trouver le levier qui me permettra de rentrer en contact avec Bubble boy. En même temps, aujourd’hui , je pourrai paraître fatiguée et j’aurai décidé de simplement boire un café sans aucune activité. Parce que Bubble boy n’est pas le seul personnage atypique du café. Je me fonds très bien dans la masse. Et puis, il est tout à fait normal dans nos sociétés d’avoir le droit d’apprécier de venir boire un café, un verre, manger un morceau, assis tranquille, seul avec ou sans bouquin et faire cela plusieurs fois par semaine !!! Que l’on soit grand, petit, vieux, jeune, moche ou pas, cela n’y change rien.
Je commence donc par prendre le rythme respiratoire de Bubble boy. Que va-t-il se passait si je le synchronise ? Vais-je atteindre le Nirvana ou découvrir ce que cela fait d’être lobotomisé ? Peut-être est-ce un gentil nounours qui n’a jamais appris à exprimer son trop plein d’amour ou un psychopathe tueur de vieilles dames ?

Et ça dure …et ça dure…
Une heure, il ne faut pas dormir
Deux heures, pas dormir…
Et effectivement…tout d’un coup ! Ai-je enfin laissé glisser mon ineffable Ego ? Un immense sentiment de solitude lourde, épuisante m’inonde. Devant cette overdose de solitude, je sors de l’état, je bouge. Je reprends le contrôle de mon corps. Mais quelque chose de surprenant arrive. Bubble boy s’agite aussi…AIE ! Les serveuses se regardent, me regardent. Il parle tout seul, semble très contrarié…J’avale ma salive, je sourie aux serveuses d’un air entendu. Mais bon, faut que je déguerpisse !! Zouh, je me lève, paye et m’enfuis bien vite.

Oulala, qu’ai-je fais ? Non, ce n’est résolument pas moi qui ai pu déclencher cela. Je ne faisais qu’une petite expérience de rien du tout, sans gravité, facile et gentillette. J’espère juste ne pas avoir réveiller un monstre ! Non, peut-être que mon agitation a juste troublé son moment de solitude. Peut-être qu’il aime sa solitude lui. Ou alors, en bougeant je l’ai guidé vers un mouvement. Peut-être que c’est moi qui suis schizophrène, mais je le cache bien. Cependant, il se pourrait que je n’ai pas appliqué correctement mes consignes et que ce soit lui qui ait pu lire mes pensées. Comme il n’est pas habitué à avoir plusieurs pensées (ou voix) dans la tête, il décompense. Ah mais, non ce n’est pas possible, j’ai une structure de névrosée. Me voilà juste un peu soulagée.

En tout cas, je ferai attention la prochaine fois que je voudrai, même sans mauvaise intention, jouer avec les sentiments des autres. C’est peut-être le maître zen à l’intérieur de Bubble Boy qui m’a donné une leçon. « Petit scarabée, tu te crois fort, mais méfies toi des puissances !!!». Merci Bubble boy, mais non merci.

Je pense en marchant dans la rue. « Ostie !! (enfin je ne disais pas ostie à cette époque, mais bon…) Finalement, je n’ai toujours pas osé aller au bout de mon expérience ! J’ai encore eu peur ! J’ai l’air malin avec mes conseils et « grandes pensées » !En plus, j’ai fini comme une balourde ! Il reste du travail à faire ! ».

Mais nous sommes qu’humains…j’accepte. Patience, parcimonie et délicatesse seront mes mots d’ordre tant que les émotions me meuvent, le reste n’est qu’histoire de vie.


Tout le monde est une drôle de personne,
Et tout le monde a l'âme emmêlée,
Tout le monde a de l'enfance qui ronronne,
Au fond d'une poche oubliée,
Tout le monde a des restes de rêves,
Et des coins de vie dévastés,
Tout le monde a cherché quelque chose un jour,
Mais tout le monde ne l'a pas trouvé,
Mais tout le monde ne l'a pas trouvé.

Il faudrait que tout le monde réclame auprès des autorités,
Une loi contre toute notre solitude,
Que personne ne soit oublié,
Et que personne ne soit oublié

Tout le monde a une seule vie qui passe,
Mais tout le monde ne s'en souvient pas,
J'en vois qui la plient et même qui la cassent,
Et j'en vois qui ne la voient même pas,
Et j'en vois qui ne la voient même pas.

Il faudrait que tout le monde réclame auprès des autorités,
Une loi contre toute notre indifférence,
Que personne ne soit oublié,
Et que personne ne soit oublié.

Tout le monde est une drôle de personne,
Et tout le monde a une âme emmêlée,
Tout le monde a de l'enfance qui résonne,
Au fond d'une heure oubliée,
Au fond d'une heure oubliée.

Carla Bruni
Tout le monde
2002 "Quelqu'un m'a dit"

15/07/2005

Derrière les fenêtres 2

Tout d’abord , la meilleure manière d’aborder la lecture de pensées est de prendre un exemple concret. Lorsque l’on est amicalement ou amoureusement proche d’une personne et que l’on est plongé dans une conversation où notre ego n’a aucune raison d’être présent, nous interagissons en harmonie avec l’autre. Il suffit de regarder sur les terrasses de café ou dans les restaurant deux individus dans cette situation. On remarque alors, qu’elles sont positionnées de la même façon, leur rythme respiratoire joue la même musique, les physionomies se reflètent l’une l’autre, le moindre changement de posture trouve une réponse immédiate et similaire dans la posture de l’autre. Alors pour entrer en contact avec quelqu’un de manière pleine ou, comme certains disent, se synchroniser avec une personne, certains s’entraînent volontairement à utiliser ces techniques. C’est avec subtilité que l’approche doit se faire , sinon se sentant singer , l’autre s’éloigne pour de bon et le rattraper demandera un effort soutenu. J’ai donc appris à faire cela pour des raisons professionnelles.

C’est ainsi que dans mon café observatoire, l’idée me vint de jouer un peu à ce jeu là. Parce que vous pouvez très bien n’utiliser qu’une des composantes de ces techniques ( la respiration ou la posture ou un mouvement ou un physionomie,etc. ) ou la combinaison de plusieurs en fonction du lieu ou de la personne. Imaginez-vous dans une salle de conférence. Vous pouvez tenter la technique avec le conférencier et vous verrez ce qu’il se passe. Bref, donc dans mon aire de jeu, je décide d’user un peu de cette technique. Je me trouvais en phase d’acceptation de ma présence nouvelle par le milieu et m’ennuyais quelque peu. Je vis alors, un personne très étrange que je nomma immédiatement Bubble boy. L’apparence physique de cet individu me faisait penser à un malabar mâché depuis 3 minutes. Mou, gluant, sans véritable consistance et relativement gros. Sournoisement (si si un peu quand même…je ne suis pas parfaite non plus !) que se passerait-il si je prenais, avec une grande discrétion, l’attitude, le regard, l’anatomie, le rythme respiratoire bref, la physiologie de Bubble Boy !! Me voilà toute émerveillée à ces pensées un peu saugrenues et je décide de me lancer.

Mais juste avant de commencer une idée bizarre émerge. Un trouble s’insinue dans ma tête. Qu’y a-t-il au fond de tellement différent entre ce pauvre homme et moi ? Moi, jeune femme blanche gentiment embourgeoisée et éduquée commence à m’agitait nerveusement sur mon siège. L’immersion dans un milieu d’observation vous réveille souvent des questions existentielles dont vous vous passerez. Je vous le dit, nous sommes bien peu de chose parfois et tellement beaucoup en même temps. J’hésite un peu à me mettre à l’ « imiter ». De quel droit le ferai-je ? Suis-je supérieure à lui ? N’ai-je pas déjà tout dit en lui donnant un surnom ?Alors une immense empathie commence à s’éveiller dans mon cœur. Ce qui ne devait être qu’un passe temps niaiseux va devenir une expérience de compréhension. Il est parfois bon de se regarder un peu la face (le visage). Parce que la réalité est que Bubble Boy et moi sommes assis tous les deux devant une boisson, dans le même espace spatio-temporel. Nous avons tous les deux les mains occupées par un objet (lui une cigarette, moi un stylo), nous sommes tous les deux blancs et dans la trentaine. Nous avons l’air pensif (enfin moi je pense, lui regarde dans le vide). Bon ok, mais quand même je ne suis pas lui et il n’est pas moi. Des différences (mais sont-elles d’une importance majeure) sont aussi là. Je suis plutôt bien habillée et surtout, j’ai les cheveux propres (ça c’est de l’argument !!!). J’ai l’air plutôt saine et fine et je ne reviens pas, comme lui, des toilettes avec le pantalon à moitié remonté (c’est bon, j’avoue, j’ai déjà oublié de remonter ma braguette le midi même, mais bon qui ne l’a pas déjà fait hein ? ). Donc pour finir la présentation, c’est un homme assis devant un verre de coca , les yeux dans le vide grillant cigarette sur cigarette. Mais, c’est peut-être un maître zen d’une branche peu connue ! Ben oui, moi je viens faire une étude exploratoire, alors pourquoi ne viendrait-il pas y méditer dans ce café aux odeurs de frites ? Et je confirme que parfois, il semble arriver à véritablement stopper ses pensées, en me basant sur l’inexpressivité totale de ses yeux. L’envie de savoir est de nouveau présente. C’est une sorte de curiosité maladive qui m’anime….enfin mais à quoi peut-il bien penser ??? Et surtout quelle pourra être sa réaction si je me mets à me synchroniser avec lui ?

Je pris donc mon temps.

13/07/2005

Derrière les fenêtres 1

Derrière les fenêtres

Jeanne a encore fait des siennes...

Ne vous est-il jamais arriver de vous dire : « Oops ! là, je n’ose pas ! » ? C’est notre cinéma intérieur qui s’anime. Normal, c’est le propre de l’angoisse de naturellement, nous aider à anticiper sur les évènements de la vie. Heureusement, qu’elle existe sinon au final nous ne ferions pas grand-chose. Le seul problème est que parfois, il n’y a aucune raison. Parce que comme dirait un de mes chers amis : « Ce n’est pas GRAVE ». En effet, l’intégrité physique ou moral est rarement mise en danger. Sinon, j’espère bien que vous seriez assez sages pour ne pas oser. Mais pour toutes ces fois où je n’ai pas oser….écrivons quelques lignes.

Alors dans nos peurs irrationnelles, que cachons nous ? Ma petite théorie qui semble être partagée, est que tout est de la faute de l’EGO. Pouvons nous passer outre les apparences ? Ne nous satisfaisons nous pas de ces apparences ? J’avoue que j’en joue. Les phrases dites à demi mots, les désirs et les troubles, les opinions et les avis dévoilés sous des actes et des paroles déguisés sont le quotidien de la plupart d’entre nous. Alors forcement, on est en droit de se méfier. Ne serait-il pas plus simple de dire les choses telles qu’elles nous apparaissent. Non, nous n’osons pas.

Nous jaugeons les autres, validons nos comportements peu francs et le monde continue ainsi de tourner….comme si nous pouvions l’arrêter. Nous ne sommes pas grand chose, un peu d’humilité ne ferait de mal à personne. Je ne dis pas de ne pas prendre en considération nos désirs et vie. Ce serez ridicule de ne pas rêver à une vie extraordinaire et d’utiliser les moyens pour réaliser ce souhait. Parce que nous ne sommes là que pour un temps. Tout a une fin, alors plutôt que de faire, d’agir, pourquoi jouons nous aux virtuoses de la manipulation et de la prestidigitations. PEUR. C'est stupide certes, mais c'est un état de fait. Mais bon, nous sommes comme nous sommes. On va pas se mettre à chialer non plus.

Tout cela pour en venir à l’histoire de Bubble boy et moi. Assise dans un café, en période d’observation intensive, armée de l’ensemble de mes grilles d’analyses, aseptisée de l’esprit cartésien, j’ai découvert cet être. Ma mission été pourtant simple : observer, noter, analyser et avec un peu de chance ou de travail, théoriser. Le microcosme d’un café londonien fut donc mon laboratoire ou mon aire de jeu pour un temps. Finalement, dans un café entre 14H00 et 16H00, la population est surtout faite de paumés, de chômeurs, de reclus de la société pour X raisons , de vieilles personnes et, éventuellement, d’une scientifique fraîchement moulue elle-même en proie à ses propres démons.

L’observation des comportements des autres consistent à regarder et à s’imprégner de leurs gestes, leurs postures, leurs tons de voix ou leur manies en tout genre. Le scanner passe en revue les points forts, les points faibles, les récurrences ou les redondances. Grâce à un certain statut dans la société, on me donne le droit, que je prends avec prétention, de déterminer ce qu’ils signifient et quelle en est l’importance. Le côté sympathique est d’essayer de deviner ce que les gens qui nous entourent ( et là j’ai le champ libre) pensent réellement, leurs préjugés ou les vraies pensées qui les animent tout en évitant nos propres préjugés. C’est un point important à souligner. Il est essentiel d’être au maximum ouvert d’esprit et sans un esprit critique trop développé, pour ainsi, laisser émerger la réalité (aussi étrange fut elle) de ces autres. La capacité de lire dans l’esprit des êtres qui nous entourent en toute impunité, à la limite du voyeurisme. C’est bon ça ! Et à bien y réfléchir, nous le faisons un peu tous au quotidien….. « Ah ! s’il fait ça, ça veut dire que… », vous connaissez ? C’est une façon de se mettre dans les chaussures de l’autre. Attention de ne pas s’y perdre, parce qu’à force on risque d’avoir des ampoules !

Alors comment fait-on pour lire les pensées de l’autre ? Héhéhé !!! Cela nécessite un peu de pratique, mais ce n’est pas si compliqué. Pourtant, avant d’essayer sur des personnes un peu bizarres, commencez tranquillement. Dès que vous serez prêts…..partez à la rencontre de l’étrange. Gardez votre sang froid. Rappelez-vous que ce ne sont pas vos gaudasses dans lesquels vous marinez…alors patience et pas de panique. Mais parfois…